Les effets de la pandémie selon la FTQ

Trois-Rivières — La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), en collaboration avec le Centre de formation économique du Fonds de solidarité FTQ et l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), a amorcé mercredi sa tournée des régions du Québec 2020-2021 en Mauricie et Centre-du-Québec.

L’objectif de cette formation qui se déroule sur trois jours est de rencontrer les militants et militantes afin de les sensibiliser sur les effets de la pandémie sur l’économie de leur région et de leurs milieux de travail, ainsi que de réfléchir sur les défis qu’impose cette crise. À chaque étape de la tournée, l’IREC profite de l’occasion pour rendre publics les portraits socio-économiques de la région visitée.

« Depuis mars dernier, la pandémie affecte durement notre quotidien. Nos services publics sont sous pression, l’économie a subi de durs coups et plusieurs secteurs resteront affectés durablement. Il faut d’ores et déjà penser à un plan de relance costaud pour permettre à la région de retrouver les emplois perdus et de sortir plus forte de cette crise dont tous les effets ne sont pas encore connus», ont indiqué le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc, et le directeur général de l’IREC, Robert Laplante.

Selon eux, pour réussir cette relance, il faut bien comprendre quels étaient les défis structurels qui se posaient avant la crise et qu’il faudra aussi relever pour en sortir. Il faut surtout bien connaître les forces et les atouts mobilisables.

«C’est à cela que servira cette activité de formation qui devrait permettre de mieux s’outiller pour s’assurer que la relance nous donnera l’occasion d’avancer vers une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire et plus verte», ont-ils expliqué.

En point de presse, M. Laplante a soutenu que la région n’est pas la plus durement affectée, se situant au 10e rang de toutes les régions administratives.

«Par contre, à l’intérieur de la région, il y a des secteurs qui sont plus durement affectés que d’autres. Pour l’essentiel, c’est beaucoup le secteur primaire, qui a connu un coup dur avec la fermeture et les éclosions qu’on a connues à Olymel, dans l’abattage, et dans le secteur de l’aéronautique également où il y a eu des impacts difficiles», a-t-il ajouté.

«La pandémie a fait passer le taux de chômage de la Mauricie et Centre-du-Québec de 3,3 % en mars 2020 à 6,4 % en août dernier. Au total, 45 800 emplois ont été perdus entre février et juin. De ce nombre, 15 000 ont été récupérés à la fin du confinement», a fait savoir le conseiller régional de la FTQ, David Maden.

«Avant la crise, la région était déjà en rareté et en pénurie de main-d’œuvre. Ce portrait de l’économie régionale nous donne l’occasion de réfléchir à l’après-pandémie et c’est ce que nous ferons ensemble pendant ces trois prochains jours», renchérit-il.

D’ailleurs, cette formation permettra de démêler les concepts de rareté de main-d’oeuvre (ensemble de facteurs d’ordre économique qui affectent la disponibilité des travailleurs et compromet ou rend plus difficile le recrutement) et de pénurie de main-d’oeuvre (facteurs démographiques).

«Dans certains secteurs, il y a une rareté qui est expliquée par des facteurs liés à l’offre salariale, aux conditions de travail, à la qualité de vie, etc. Alors que dans certains milieux, les deux phénomènes peuvent être confondus. Ça s’observe surtout dans les communautés dites dévitalisées et il y en a beaucoup en Mauricie, une sur quatre. La crise sanitaire n’affecte pas de la même façon toutes les collectivités», a tenu à préciser M. Laplante.

Interrogé à savoir si la pandémie avait provoqué une remise en question de la pertinence syndicale, celui-ci a affirmé que «la crise frappe plus durement au Québec comme au Canada les travailleurs non syndiqués, et surtout les catégories les plus vulnérables parmi ceux-là, c’est-à-dire, les plus jeunes travailleurs, les employés à temps partiel et des temporaires ».

«Une autre dimension qui est révélée par cette crise, c’est qu’elle est plus dure pour les femmes que pour les hommes, précisément parce que les secteurs des services qui sont durement affectés sont des secteurs à plus forte féminisation de la main-d’œuvre. Même à l’intérieur des effectifs syndicaux, ce sont les femmes qui travaillent dans les secteurs tels que l’hébergement et la restauration qui sont les plus durement impactées par la crise et pour lesquelles l’encadrement syndical constitue un soutien dont ne profitent pas les femmes non syndiquées», souligne M. Laplante.

Et David Maden a cité le cas d’Olymel où «les inquiétudes ont amené les travailleurs et travailleuses à s’adresser à leur syndicat respectif pour chercher de l’appui autant pour la période de mise à pied que pour la période de retour».

Finalement, pour Robert Laplante, ce qui constitue un défi pour la région, «c’est son trop grand nombre de gens qui sont peu formés et peu scolarisés».

«La région traîne un passif éducationnel qui est important et qui risque de rendre plus difficile la réinsertion dans le marché du travail dans la mesure où les entreprises vont devoir changer leur façon de travailler et améliorer leur procédé de production et ça va faire appel nécessairement à de la formation. Là, il y a un enjeu important pour la sortie de crise qui est la formation continue, la formation de qualification des travailleurs qui ont été les plus durement affectés, donc les travailleurs les moins scolarisés et les moins formés. Un plan de sortie qui répond aux enjeux que nous pose la crise devrait comporter un important volet de formation de la main-d’oeuvre», a-t-il conclu.

Lors de ces trois journées de formation, les militants et militantes auront ainsi à échanger sur la démographie régionale, le marché du travail, l’impact de la crise sur l’emploi et les entreprises, les mesures de soutien, les solutions économiques pour la région, les choix de la relance et les enjeux sociaux.

 

Source : https://www.lenouvelliste.ca/affaires/les-effets-de-la-pandemie-selon-la-ftq-4c48496c713129ee33d31cee97761e94